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Indicateur 12 Qualiopi (V10) : engagement, ruptures de parcours et violences

Salle de formation vide avec une affiche de procédure de signalement au mur, une table, des chaises et un classeur de suivi des parcours posé au premier plan

Par Jérémie Chiari · Publié le · 11 min de lecture

L'indicateur 12 du référentiel national qualité impose de décrire et de mettre en œuvre des mesures pour favoriser l'engagement des bénéficiaires et prévenir les ruptures de parcours. La version V10, applicable au 1er novembre 2026, y ajoute une seconde exigence : s'assurer de la prévention et du traitement de toute situation de violence, dont les violences sexistes et sexuelles, de harcèlement ou de discrimination.

Relu par Axel Joseph Auguste, cofondateur de LIDEO, spécialiste réglementaire et sécurité — profil

Ce que l'indicateur 12 exige

L'indicateur 12 relève du critère 3, celui de l'adaptation aux publics bénéficiaires et des modalités d'accueil, d'accompagnement, de suivi et d'évaluation. Sa version V10 se lit ainsi : « Le prestataire décrit et met en œuvre les mesures pour favoriser l'engagement des bénéficiaires et prévenir les ruptures de parcours. Il s'assure de la prévention et du traitement de toute situation de violence, dont les violences sexistes et sexuelles, de harcèlement ou de discrimination ».

Deux phrases, deux sujets. La première existait déjà et parle de pédagogie : ce que vous faites pour que les stagiaires restent, s'impliquent et aillent au bout. La seconde est nouvelle et parle de sécurité des personnes. Membre de phrase par membre de phrase, voici ce qui est attendu.

Membre de phraseCe que l'auditeur vérifie
« décrit »Un écrit qui existe avant l'audit : procédure, note, page du livret d'accueil
« et met en œuvre »Des traces d'application sur des sessions réelles, pas seulement le document
« les mesures pour favoriser l'engagement »Ce que vous faites concrètement pendant le parcours pour maintenir l'implication
« prévenir les ruptures de parcours »Un repérage des décrochages et une réaction tracée, avant l'abandon
« il s'assure »Une organisation identifiable, y compris quand vous sous-traitez ou formez à distance
« de la prévention »Information des bénéficiaires, sensibilisation des intervenants, règles connues
« et du traitement »Un circuit de signalement, un délai, une mise en protection, une traçabilité
« de toute situation de violence »Tous les lieux du parcours : salle, distanciel, entreprise d'accueil
« dont les violences sexistes et sexuelles »Le cas explicitement nommé, à traiter nommément dans vos supports
« de harcèlement ou de discrimination »Le champ complet, entre bénéficiaires comme envers un intervenant

L'essentiel

  • L'indicateur 12 appartient au critère 3 et s'applique à l'ensemble des prestations, sans seuil d'effectif.
  • La première phrase, sur l'engagement et les ruptures de parcours, est inchangée.
  • La V10 ajoute une seconde phrase : prévention et traitement de toute situation de violence, dont les violences sexistes et sexuelles, de harcèlement ou de discrimination.
  • Il faut à la fois décrire le dispositif et prouver qu'il est mis en œuvre.
  • Applicable aux audits menés à compter du 1er novembre 2026.
12
indicateur du référentiel national qualité
3e
critère : adaptation aux publics bénéficiaires
1er
novembre 2026, entrée en application

Ce qui s'ajoute par rapport à la version actuelle

L'indicateur 12 n'est pas nouveau. Dans le référentiel en vigueur jusqu'au 31 octobre 2026, il porte uniquement sur l'engagement des bénéficiaires et la prévention des ruptures de parcours : le repérage des décrochages, les relances, l'aménagement d'un parcours qui vacille. Beaucoup d'organismes y répondaient avec un tableau de suivi des présences et quelques mails de relance.

Le décret n° 2026-728 du 1er août 2026 conserve cette phrase mot pour mot et lui adjoint une seconde exigence, sans lien pédagogique direct : « Il s'assure de la prévention et du traitement de toute situation de violence, dont les violences sexistes et sexuelles, de harcèlement ou de discrimination ». C'est un ajout de fond, pas une reformulation.

Trois conséquences méritent votre attention.

Le verbe « s'assure » est plus exigeant que « décrit ». Il ne suffit pas d'avoir un document : il faut être en mesure de montrer que le dispositif fonctionnerait si une situation survenait. Un texte que personne dans l'organisme ne connaît ne répond pas à cette formulation.

Le champ est large. « Toute situation de violence » ne se limite pas aux violences sexistes et sexuelles, qui sont citées comme un cas particulier signalé par le mot « dont ». Le harcèlement moral entre stagiaires, les propos discriminatoires en salle, les situations survenues dans une entreprise d'accueil ou dans un espace numérique de formation entrent dans le périmètre.

L'exigence se rapproche de celles de l'apprentissage. Les indicateurs 14 et 15, spécifiques à l'alternance, imposaient déjà une procédure de traitement sans délai des situations de rupture liées à des difficultés, violences ou discriminations, et une information renforcée des apprentis. La V10 étend une logique voisine à l'ensemble des prestataires. Pour la vue d'ensemble des évolutions, nous avons publié un point complet sur la V10 et ses 33 indicateurs.

Ce que ça exige concrètement

Des mesures d'engagement, décrites et datées

L'engagement se prouve par des pratiques nommées, pas par une intention. Un accueil individuel en début de parcours, un point d'étape à mi-parcours, des objectifs intermédiaires, une pédagogie active, un tuteur ou un référent de parcours identifié : chacune de ces mesures doit figurer dans un écrit et laisser une trace sur les sessions réelles. Un compte rendu de point d'étape daté vaut mieux qu'un paragraphe de méthode.

Un repérage des décrochages avant l'abandon

« Prévenir les ruptures » suppose de savoir quand un bénéficiaire décroche. Cela passe par des signaux que vous choisissez et que vous écrivez : deux absences consécutives, une évaluation non rendue, une connexion nulle sur quinze jours en formation à distance. À chaque signal correspond une action et un délai. L'auditeur cherchera ensuite un ou deux cas concrets où le signal a été détecté et où quelque chose s'est passé.

Un traitement documenté des abandons réels

Toutes les ruptures ne sont pas évitables. Ce qui est attendu, c'est que chacune soit tracée : la date, le motif tel que déclaré, ce que vous avez proposé, ce qui a été décidé. Un tableau de suivi des abandons, même court, répond à l'exigence bien mieux qu'un taux d'abandon global sans dossier derrière.

Une prévention des violences visible pour les bénéficiaires

La prévention suppose que les personnes concernées sachent, avant tout incident, à qui s'adresser. En pratique : une mention dans le livret d'accueil et le règlement intérieur, un contact identifié avec un moyen de le joindre, un rappel à l'ouverture de session, un affichage quand vous disposez d'un lieu. Le portail public Arrêtons les violences fournit les points d'entrée officiels vers lesquels orienter, ce qui évite d'inventer un dispositif d'écoute que vous n'avez pas.

Un circuit de traitement, avec un délai et une trace

Le traitement se décrit en quelques lignes, mais elles doivent répondre à cinq questions : qui reçoit le signalement, sous quel délai la personne est recontactée, quelle mise en protection immédiate est possible, qui décide de la suite, comment la confidentialité est assurée. Prévoyez une voie de recours alternative si la personne mise en cause est justement celle qui reçoit les signalements — c'est le point faible de la plupart des procédures que nous relisons. Enfin, un registre daté des signalements, tenu même s'il est vide, est la preuve la plus simple.

Les intervenants et les lieux tiers

Vos formateurs occasionnels, vos sous-traitants et les entreprises qui accueillent vos stagiaires font partie du périmètre. Une sensibilisation courte à l'entrée en mission, une clause dans vos contrats de sous-traitance rappelant l'obligation de signalement, et l'identification du contact côté entreprise d'accueil suffisent à montrer que le dispositif ne s'arrête pas à votre porte. Les organismes qui sont aussi employeurs restent par ailleurs soumis aux obligations du Code du travail en matière de harcèlement, auxquelles l'indicateur 12 ne se substitue pas.

Les preuves qu'un auditeur attend

ExigencePreuve à présenter
Mesures d'engagement décritesProcédure ou note de suivi pédagogique, livret d'accueil, trame de point d'étape
Mesures mises en œuvreComptes rendus d'entretiens datés sur deux ou trois sessions récentes
Repérage des décrochagesRègles d'alerte écrites, relevés de présence ou de connexion, mails de relance
Traitement des rupturesTableau de suivi des abandons avec motif, action proposée, issue
Information des bénéficiairesPage du livret d'accueil et du règlement intérieur mentionnant violences, harcèlement et discriminations
Contact identifiéNom, fonction et moyen de contact, plus une voie de recours alternative
Procédure de traitementDocument décrivant réception, délai, protection, décision, confidentialité
Traçabilité des signalementsRegistre daté, tenu même sans aucun signalement sur la période
Sensibilisation des intervenantsSupport de sensibilisation, feuille d'émargement ou accusé de lecture
Périmètre élargiClause de sous-traitance et contact identifié en entreprise d'accueil

Le cas de l'organisme unipersonnel

Vous êtes seul : vous formez, vous vendez, et vous seriez la personne à qui un stagiaire signalerait un problème. L'indicateur s'applique intégralement, mais il n'impose ni service dédié ni dispositif lourd. Trois points suffisent à construire une réponse crédible.

D'abord, écrivez le dispositif à votre taille : une page qui dit ce que vous faites en cas de signalement vaut mieux qu'une procédure de dix pages empruntée à un grand organisme et manifestement inapplicable. Un auditeur repère immédiatement un document qui ne correspond pas à la structure.

Ensuite, prévoyez la voie externe. C'est le vrai sujet du solo : si vous êtes mis en cause, votre procédure devient inopérante. Indiquez une adresse dédiée, un tiers de confiance identifié — un confrère, votre expert-comptable, un médiateur — et les dispositifs publics d'écoute et de signalement.

Enfin, tracez le peu qu'il y a à tracer. Un tableau de suivi des parcours avec une colonne pour les alertes et les abandons, un registre de signalements vide mais daté, et vos supports d'information à jour : c'est un dossier complet pour cet indicateur. Si vous montez votre structure en ce moment, intégrez ces documents dès la création de votre organisme de formation plutôt qu'à la veille de l'audit.

Ce qui ne change pas

La première phrase de l'indicateur est identique : vos mesures d'engagement et votre suivi des abandons restent évalués comme aujourd'hui. Le rattachement au critère 3 est maintenu, tout comme l'articulation avec les indicateurs voisins — le 10 sur l'adaptation de la prestation, le 11 sur l'évaluation des acquis. Et les indicateurs 14 et 15 continuent de ne concerner que l'apprentissage et l'alternance : un CFA satisfait le 12 en plus, jamais à la place.

Que faire d'ici le 1er novembre 2026

SituationAction
Vous avez un suivi des présences mais rien d'écritFormalisez vos règles d'alerte et vos actions de relance en une page
Vous n'avez aucune mention des violences dans vos supportsAjoutez un paragraphe au livret d'accueil et au règlement intérieur
Vous avez un document type non personnaliséRéécrivez-le avec vos noms, vos contacts et vos délais réels
Personne ne reçoit officiellement les signalementsDésignez un contact et écrivez une voie de recours alternative
Vous formez à distanceÉtendez vos règles d'usage aux forums, messageries et classes virtuelles
Vous travaillez avec des sous-traitantsAjoutez une clause de signalement et sensibilisez-les à l'entrée en mission
Vous accueillez des stagiaires en entrepriseIdentifiez un contact côté entreprise et informez le bénéficiaire des deux voies
Votre audit est prévu en novembre ou décembre 2026Constituez le dossier de preuves maintenant, une session récente à l'appui

Un audit de surveillance ou de renouvellement programmé après le 1er novembre sera conduit sur la V10. Or ces preuves ne se fabriquent pas la veille : un compte rendu de point d'étape ou un registre de signalements ne vaut que s'il a été tenu pendant le parcours. C'est le chantier que nous menons avec nos clients dans notre accompagnement Qualiopi, au même titre que la reprise des fiches formation exigée par l'indicateur 1.

Les erreurs fréquentes

Confondre la procédure et le classeur. Un document rédigé, jamais diffusé, jamais évoqué en session, ne prouve pas que vous « vous assurez » de quoi que ce soit. La diffusion est ce qui transforme un écrit en dispositif.

Copier une procédure de grande structure. Comité, cellule d'écoute, référent RH : si rien de cela n'existe chez vous, le document se retourne contre vous en audit. Décrivez ce que vous faites réellement.

Oublier la voie de recours quand le dirigeant est en cause. C'est l'angle mort le plus fréquent, particulièrement dans les structures de une à trois personnes, et il se corrige en deux lignes.

Ne traiter que les violences sexistes et sexuelles. Elles sont nommées, mais le texte vise « toute situation de violence », le harcèlement et la discrimination. Une procédure qui ne parle que des VSS laisse deux tiers du champ non couvert.

Confondre engagement et satisfaction. Un questionnaire de fin de formation mesure la satisfaction ; il ne prouve pas les mesures prises pendant le parcours pour éviter un décrochage. Ce sont deux preuves différentes, pour deux indicateurs différents.

Ne pas tracer les abandons. Un taux d'abandon annoncé sans dossier individuel derrière ne se vérifie pas. Trois lignes par abandon dans un tableau suffisent.

Laisser le distanciel hors périmètre. Une classe virtuelle et un forum sont des lieux de formation. Vos règles d'usage et votre capacité à modérer en font partie.

Avertissement

LIDEO est un cabinet de conseil. LIDEO n'est pas un organisme de formation et n'est pas certifié Qualiopi : nous accompagnons nos clients dans l'obtention de leur propre certification. Cet article décrit l'état du droit et de l'information disponible au 10 septembre 2026 et ne remplace pas l'avis de votre certificateur, seul compétent pour apprécier les preuves que vous présenterez en audit.

En résumé

L'indicateur 12 conserve son exigence historique — décrire et mettre en œuvre des mesures d'engagement et de prévention des ruptures de parcours — et la V10 lui ajoute une obligation nouvelle de prévention et de traitement des violences, du harcèlement et des discriminations. Répondre suppose deux choses : un dispositif écrit, à votre taille, connu de vos bénéficiaires et de vos intervenants, et des traces que ce dispositif vit sur des sessions réelles. D'ici le 1er novembre 2026, la seule méthode fiable consiste à écrire la procédure, à la diffuser, puis à conserver ce qu'elle produit.

Sources

  1. Légifrance — Décret n° 2026-728 du 1er août 2026 (référentiel national qualité, annexe)
  2. France compétences — référentiel national qualité et certification Qualiopi
  3. Ministère du Travail — qualité de la formation professionnelle
  4. Arrêtons les violences — portail public d'information et de signalement

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Questions fréquentes

Sur l'indicateur 12 en V10 👉🏻

Qu'est-ce qui change exactement sur l'indicateur 12 en V10 ?

La première phrase, sur l'engagement des bénéficiaires et la prévention des ruptures de parcours, est reprise. La V10 y ajoute une seconde phrase entièrement nouvelle : le prestataire s'assure de la prévention et du traitement de toute situation de violence, dont les violences sexistes et sexuelles, de harcèlement ou de discrimination. L'indicateur passe donc d'une exigence pédagogique à une exigence pédagogique et de sécurité des personnes.

Faut-il une procédure écrite pour le traitement des violences ?

Le texte impose de s'assurer de la prévention et du traitement, ce qui suppose une organisation identifiable. À notre lecture, un document court décrivant qui reçoit un signalement, sous quel délai, avec quelle mise en protection et quelle traçabilité est le format le plus simple à présenter en audit. Votre certificateur reste seul juge des preuves qu'il accepte.

Que faire si aucune situation de violence ne s'est jamais produite chez moi ?

C'est le cas de la majorité des organismes, et ce n'est pas un problème. L'auditeur ne demande pas un incident, il demande un dispositif : information des bénéficiaires, contact identifié, procédure prête et sensibilisation des intervenants. L'absence de signalement se documente par un registre vide mais tenu, pas par un silence.

Un organisme d'une seule personne est-il concerné ?

Oui, l'indicateur vise le prestataire sans seuil d'effectif. La difficulté est réelle quand le formateur est aussi le dirigeant et le référent : la réponse consiste à prévoir une voie de recours externe, par exemple une adresse dédiée, un tiers de confiance identifié et l'orientation vers les dispositifs publics d'écoute et de signalement.

Quelle différence avec les indicateurs 14 et 15 ?

L'indicateur 12 s'applique à l'ensemble des prestations. Les indicateurs 14 et 15 concernent l'apprentissage et l'alternance : le 14 impose une procédure de traitement sans délai des situations de rupture liées à des difficultés, violences ou discriminations, le 15 porte sur l'information des apprentis, renforcée pour les mineurs. Un CFA doit donc satisfaire les trois, sans les confondre.

L'indicateur 12 couvre-t-il les formations à distance ?

Oui, et c'est un point de vigilance. Les mesures d'engagement et de prévention des abandons sont attendues quel que soit le mode de diffusion, et le champ des violences inclut ce qui se produit dans un espace numérique de formation : forums, messageries, classes virtuelles. Vos règles d'usage et votre modération font partie des preuves.

Document offert

La checklist des 33 indicateurs Qualiopi V10

Le nouveau référentiel applicable au 1er novembre 2026, indicateur par indicateur, avec ce qui change par rapport à la version actuelle. À cocher pendant la préparation de votre audit.

PDF · 4 pages · 33 indicateurs · 7 critères

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Jérémie Chiari

Écrit par

Jérémie Chiari

Fondateur de LIDEO. Il accompagne des entrepreneurs sur la création de leur organisme de formation — déclaration d'activité, certification Qualiopi, référencement EDOF et financements OPCO — et assiste à des audits Qualiopi chaque semaine aux côtés de ses clients.

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